Sheshonq Ier (Sesonchosis Ier)

Gravure d’un relief de Sheshonq Ier trouvé à Karnak.

Sheshonq Ier est un pharaon égyptien, issu de la tribu libyque zénète des Mâchaouach ; il est le fondateur de la XXIIe dynastie. Son nom libyen serait probablement “Cacnaq” d’après les militantes néopuniques. Il est appelé Sesonchôsis par Manéthon, qui lui compte vingt et un ans de règne. La grande majorité des égyptologues situent celui-ci entre -945 et -924, bien que cette durée ait récemment été revue à la baisse de quelques années, de -943 à -922, par quelques spécialistes dont Erik Hornung et Rolf Krauss, car Sheshonq Ier aurait vécu pendant deux à trois ans après sa campagne réussie en Canaan, traditionnellement datée comme s’étant achevée en -925. Il serait le Sesaq ou Shishak (שִׁישַׁק) de la Bible hébraïque, et ses exploits sont gravés sur le portail Bubastite, à Karnak.

 

 

Généalogie


Les origines de Sheshonq Ier, et donc de la dynastie, nous sont connues grâce notamment à une stèle qu’un certain Pasenhor, prêtre et lointain descendant de sa lignée, laissa au Sérapéum de Saqqarah sous le règne de Sheshonq V. Connu sous le nom de stèle de Pasenhor ou de généalogie de Pasenhor, ce document contient une énumération des ancêtres de ce prêtre, selon un genre assez courant à l’époque donnant les fonctions et le rang de chaque personnalité, et, élément non négligeable pour établir la généalogie de la dynastie, donnant également le nom et les qualités des épouses.

C’est ainsi que l’on connaît des ancêtres du fondateur de la dynastie : ces derniers gravitaient déjà à des postes à responsabilités importantes dès la fin de la dynastie précédente. Ils cumulaient des charges religieuses et militaires, héritant de père en fils de titres prestigieux à la cour tels que père divin et spécifiques à leur ethnie comme celui de grand chef des Mâ. Enfin cette généalogie relie directement la lignée aux tribus libyques, le premier ancêtre cité étant simplement désigné comme le Libyen Bouyouwawa (prononciation “Buyuwawa” ou “Boyowawa”).

Sheshonq Ier épouse Karoma Ire et Pentreshmès avec lesquelles il a deux enfants, deux garçons : avec la première, Osorkon Ier, qui lui succède, et Nimlot Ier, avec la deuxième, qu’il nomme roi d’Héracléopolis afin que celui-ci contrôle pour lui la Moyenne-Égypte.

On a connaissance de deux autres enfants attestés pour ce pharaon, mais on ne connaît toujours pas le nom de la (ou des) mère(s) : Ioupout, que son père nomme grand prêtre d’Amon à Thèbes, général en chef des armées et gouverneur de la Haute-Égypte, et une fille Tashepenbastet qui épousera Djedhotiouefânkh, troisième prophète d’Amon à Thèbes.

Sheshonq aurait (aussi) épousé une fille de son prédécesseur Psousennès II, dernier pharaon de la précédente dynastie, lui conférant ainsi davantage de légitimité à en fonder une nouvelle.

 

Règne


Grand sphinx de granit réinscrit au nom de Sheshonq Ier – Trouvé à Tanis, aujourd’hui au Musée du Louvre

Sous la XXIe dynastie, les Mâchaouach, un des peuples de la mer qui s’étaient installés à Cyrène, puis dans le delta du Nil autour de Bubastis dès la XXe dynastie, avaient vers -1000 étendu progressivement leur territoire jusqu’au Fayoum. Ils détenaient la force armée du royaume et leurs chefs devenus très puissants, gravirent peu à peu les échelons de la cour royale, portant le titre de Grands chefs des Mâ(chaouach). Le fils d’un de ceux-ci, Sheshonq, parvient même à s’allier à la famille royale, donnant comme épouse à son fils Osorkon la propre fille de Psousennès II de Tanis. À la mort du roi, il s’impose comme pharaon et fonde la XXIIe dynastie qui occupera le pouvoir jusque vers -715. Il reprend la politique d’entente cordiale avec ses voisins, que ses prédécesseurs avaient initiée (cf. paragraphes “Dans la Bible” infra).

Quant à la situation intérieure, dès le début de son règne, Sheshonq Ier commence une politique de contrôle des principales clefs du pouvoir de l’Égypte des pharaons tanites et des grands prêtres d’Amon de Thèbes.

 

Relief représentant Sheshonq Ier et son fils, le grand prêtre d’Amon Ioupout, à Karnak

En installant Nimlot Ier, un de ses fils, comme roi de Héracléopolis afin qu’il contrôle pour lui la Moyenne-Égypte, et Ioupout et Djedptahiefânkh, deux autres de ses fils, à la tête du clergé thébain, il parvient à réunir sous la coupe de son clan l’unité des Deux Terres. Il s’entoure alors de gens lui étant complètement dévoués, qu’il place à des postes stratégiques, renforçant ainsi la puissance royale et la mainmise sur les terres du royaume. Cette réorganisation du territoire est partagée entre les princes libyens ; tous les membres de la famille sont placés de ce fait à des postes importants et reçoivent ces terres en tant que fiefs.

Assuré de la stabilité de son royaume, Sheshonq Ier reprend la politique d’expansion.

À l’est, avec ses contingents composés d’Égyptiens, de Libyens et de Nubiens. Il fait une campagne militaire en Palestine visant à améliorer le recouvrement de l’impôt.

Il pourchasse les bédouins des lacs amers, s’empare de Gaza (cf. “dans la Bible” infra). Sheshonq Ier fait graver sa campagne sur les murs du temple d’Amon à Thèbes. Sheshonq ne se limite pas à cette conquête, il pousse son avantage jusqu’au Liban et aux marches de la Syrie, laissant une stèle à Megiddo et des statues à Byblos.

Peu de temps après cette victoire sur les royaumes de Syro-Palestine, il se tourne vers l’ouest, et fait main basse sur les grandes oasis du désert Libyque, gagnant ainsi de nouvelles terres et une nouvelle source de revenus non négligeable à la couronne, notamment grâce au blé et à d’autres denrées alimentaires, que ces terres fertiles du désert produisent en grande quantité. Puis il mate une rébellion au sud, envoyant ses troupes contre les Troglodytes, peuplade que l’on situe traditionnellement dans le désert nubien, entre le Nil et la mer Rouge. Il reprend ainsi, manifestement, le contrôle de la Basse-Nubie et des voies commerciales avec la Libye continentale, et consacre les tributs qu’il en retire aux Dieux de Thèbes et de Memphis.

Grâce à cette politique énergique, Sheshonq redonne à l’Égypte un rôle incontournable dans la région, rétablissant les relations commerciales avec Byblos, et reprenant le contrôle du commerce par la mer Rouge, notamment avec l’Arabie. Les richesses affluent de nouveau vers le royaume du pharaon.

 

Statue de Sekhmet portant la titulature de Sheshonq Ier – Temple de Mout à Karnak

La Déesse Bastet, associée à la Déesse Sekhmet à laquelle le roi fait ériger de nombreuses statues dans le temple de Mout, à Thèbes, devient la grande déesse nationale. Le culte de ces Divinités autrefois mineures prendra peu à peu le pas sur celui d’Amon dans les générations suivantes, cependant le programme monumental de Sheshonq reste centré sur les grands Dieux de l’empire des Ramsès.

En effet, le règne de Sheshonq apporte aussi un certain renouveau dans la construction de monuments à travers tout le pays :

  • à Éléphantine, il restaure le grand temple de Khnoum ;
  • à Thèbes, outre son intervention dans le temple de Mout, en l’an 21, Sheshonq entreprend, dans l’enceinte d’Amon-Rê, l’édification d’un monument baptisé le Château des millions d’années d’Hejkheperrê Setepenrê, constitué d’un grand pylône et d’une vaste cour bordée de portiques dont les murs sont décorés de reliefs à la gloire de ses victorieuses conquêtes consacrées au Dieu de Karnak. Il dépêche, dans cette intention, l’architecte royal Horemsaf, et fait rouvrir les carrières du Gebel Silsileh par son fils le grand prêtre d’Amon Ioupout ;
  • à El Hibeh, il fait édifier un temple complet consacré à l’Amon local, constitué d’un pylône, d’une cour à portique, d’une salle hypostyle, d’un reposoir de barque et d’un sanctuaire ;
  • à Memphis, il commande la construction d’un autre monument baptisé le Château des millions d’années du roi Hedjekheperrê Setepenrê, le fils de Rê Sheshonq Mériamon qui est dans l’Hout-ka-Ptah, consacré au Dieu Ptah, qui serait à rechercher sous la ville moderne de Mit-Rahineh. Un taureau sacré est enterré sous son règne, comme l’atteste une stèle provenant du Sérapéum de Saqqarah qui est inscrite à son nom. C’est probablement à l’occasion ou en prévision de cet événement national que le roi commande également au grand prêtre de Ptah, Chedsounéfertoum, l’édification d’une salle d’embaumement, une ouâbet, pour le Dieu Apis, bâtie en calcaire, décorée de reliefs et pourvue du mobilier nécessaire pour le service funéraire du Dieu, et dont une des inscriptions signale :

« Au soin du grand des chefs des artisans, le prêtre-sem Chedsounéfertoum, juste de voix. C’est sa Majesté qui a fait construire en travail parfait un laboratoire d’embaumement pour son père Osiris-Apis. »

Enfin, à Tanis, qui reste la capitale du royaume sheshanqide, il orne le grand temple d’Amon de grands sphinx réinscrits à son nom, sculptures de granit sans doute prélevées à Pi-Ramsès, l’ancienne capitale ramesside devenue une carrière dès la XXIe dynastie. Le site de Tanis, aujourd’hui très ruiné, ne permet pas de restituer l’œuvre du roi, dont seuls quelques éléments subsistent, comme une partie d’une corniche monumentale inscrite à son nom, qui laisse imaginer les dimensions selon lesquelles l’agrandissement du temple fut réalisé.

 

La campagne militaire de Sheshonq Ier


Itinéraire de Sheshonq Ier en Canaan. En bleu : villes figurant sur le relief de Karnak.

La campagne militaire de Sheshonq Ier en Canaan fournit deux types de renseignements utiles concernant les données archéologiques sur David et Salomon, par la date d’une part, par l’itinéraire d’autre part.

La date de cette campagne, qui est assez bien connue, peut être utilisée pour recaler la datation au radiocarbone. Des traces de destructions dans certaines villes telles que Megiddo ou Tel Rehov aident à identifier la strate archéologique concernée, éliminant toutes les périodes paisibles et ne laissant le choix qu’entre quelques épisodes violents possibles. Sans être absolument certaine, la date de -925 est assez solidement étayée. Amihai Mazar et son équipe ont tiré parti de cette donnée archéologique, au moyen de la statistique bayésienne, pour préciser les abondantes datations au radiocarbone qu’ils ont effectuées à Tel Rehov.

D’autres types de renseignements sont fournis par l’examen de l’itinéraire lui-même, assez bien connu également grâce au relief de Karnak : pas moins de 180 noms de villes ou villages sont donnés. Sheshonq Ier envoie un détachement sur Arad, qui abritait une garnison de l’armée égyptienne à l’époque de la splendeur de l’Empire : la seconde partie de la liste, 85 noms, concerne la région qui va de Gaza à Arad, grande voie de communication traditionnelle vers l’Arabie via Tel Masos. La première liste concerne, pour une première part, la partie nord des hautes terres, vers Gibeon et Zemarayim, dans la partie montagneuse située au nord de Jérusalem (cette partie de l’inscription de Karnak est en bon état, Jérusalem n’y figure pas à titre de ville conquise, et encore moins à titre de capitale des villes conquises), dont il est attesté que les habitats des premiers Israélites y furent les plus nombreux, dès le début, parmi l’ensemble de ces habitats sur les hautes terres de Cisjordanie. Les fouilles montrent de sévères destructions dont les villages ne se sont jamais remis : les habitats ont été dès lors désertés. Pour une seconde part, cette première liste concerne des villes et villages situés en Ammon (Transjordanie), dont les fouilles confirment aussi une série de destructions. Sheshonq Ier a reconquis les villes du nord (vallée de Jezreel, Megiddo), dans lesquelles l’Égypte était implantée à l’époque cananéenne. Sheshonq Ier a laissé à Megiddo une stèle commémorative de son passage. Elle a été retrouvée tardivement au milieu des déchets d’anciennes fouilles : privée de son contexte stratigraphique, elle a ainsi perdu, fort malheureusement, la plus grande partie de son intérêt.

Cet itinéraire, entièrement dans la partie nord d’une part et dans le Negev d’autre part, principalement situé dans les plaines, ne nomme aucune des villes de la partie sud des hautes terres : selon Mario Liverani, il montre que Juda et Israël sont des royaumes non seulement séparés, mais aussi très petits. Mais, selon Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, le plus remarquable dans cet itinéraire c’est qu’il ne passe pas à Jérusalem et ne touche pas la partie sud des hautes terres. La Bible donne de cet état de fait la version suivante :

« En l’an cinq du règne de Roboam, Shishaq, le roi d’Égypte, attaque Jérusalem. Il prend les trésors du Temple et du palais royal, il prend tout, même les boucliers d’or qu’avait fabriqués Salomon. (1 R 14,25-26) »

Pour Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, si l’épisode était vrai, Sheshonq Ier n’aurait pas manqué de le faire sculpter à Karnak, « des siècles de tradition égyptienne [voulant] que l’on représentât les conquêtes des pharaons avec le maximum de pompe et de grandiloquence ». Selon les deux auteurs :

« Si le nom de Jérusalem (ou d’autres villages et villes de Juda) n’apparaît pas sur l’inscription de Karnak, ce doit être parce que les hautes terres méridionales n’étaient pas assez prospères et développées pour figurer parmi les objectifs militaires de Shéshonq. »

Pour Amihai Mazar :

« Le fait que Jérusalem ne soit pas mentionné dans l’inscription ne signifie pas grand-chose — si la ville s’est rendue, peut-être n’y aurait-il eu aucune raison de la mentionner ; ou bien, une autre possibilité, c’est que sa mention ait été faite à un endroit de la partie cassée de l’inscription. »

« L’invasion par Sheshonq de la région de Jérusalem est probablement venue en réaction à l’importance croissante de cet État et, à Karnak, cette liste de villes et de territoires conquis peut refléter les territoires principaux gouvernés par David et Solomon. »

 

Sépulture


Coffre à canopes de Sheshonq Ier. Albâtre. Musée égyptien de Berlin.

Le lieu où se trouve le tombeau de Sheshonq Ier n’est pas connu avec certitude. Plusieurs sites ont été proposés pour avoir abrité la sépulture et le viatique funéraire du roi :

  • Bubastis, selon la tradition qui en fait la ville d’origine de Sheshonq. La tombe du roi serait à rechercher dans l’enceinte du temple de Bastet, selon une pratique, inaugurée à la dynastie précédente, d’édifier la nécropole royale entre les murs mêmes du sanctuaire de la ville choisie par les pharaons comme résidence. Cette hypothèse semble être écartée par la plupart des égyptologues car aucune trace d’une nécropole royale ou princière n’a été découverte sur les lieux jusqu’à présent ;
  • Tanis, en raison de la découverte, en 1939, par l’équipe de Pierre Montet, dans le temple d’Amon de la ville, d’une nécropole royale de la XXIe dynastie et d’une partie des souverains de la XXIIe dynastie. Lors des fouilles qui menèrent à cette découverte inédite, les archéologues mirent au jour les restes de divers mobiliers funéraires abandonnés par des pillards, dont deux vases canopes qui portent le nom du roi. Cette découverte, ainsi que celle de bijoux royaux également à son nom dans une autre sépulture, invitent la plupart des égyptologues à situer la tombe de Sheshonq dans cette nécropole même. Le roi aurait suivi la tradition, en se faisant bâtir une tombe à proximité de celle de ses prédécesseurs directs. Mais aucune tombe d’envergure n’a été découverte au nom de Sheshonq Ier, et les sépultures anonymes de la nécropole de Tanis, de tailles modestes et anépigraphes, ne semblent pas être appropriées pour un pharaon aussi puissant, fondateur d’une dynastie ;
  • Memphis, selon une hypothèse récente émise par Troy Leiland Sagrillo. En raison, d’une part d’un culte funéraire rendu à ce roi dans la cité pendant de nombreuses générations, et d’autre part grâce à l’attestation, dans les annales du règne, d’un monument, un Château des millions d’années, élevé par le roi dans le temple de Ptah au cœur de la ville, dont la fonction le rattache à son culte funéraire, l’égyptologue soumet l’hypothèse que Sheshonq aurait choisi l’antique capitale comme lieu de sépulture.

Seul un certain nombre d’objets, pouvant provenir de la tombe du roi, indiqueraient qu’elle a été pillée dès l’Antiquité, comme la plupart des tombes royales de l’époque. Cependant, lorsque l’on réunit l’ensemble de ces pièces, elles ne semblent pas appartenir au même puzzle, et ne permettent pas de valider l’une ou l’autre des hypothèses.

Ainsi, à la fin du xixe siècle, est apparu, sur le marché des antiquités, un coffre à vases canopes au nom du roi, qui a été acquis par le Musée égyptien de Berlin. De provenance inconnue, il s’agit d’un coffre en albâtre, dont les quatre angles sont recouverts par quatre représentations des déesses Isis et Nephtys protégeant les vases canopes. Il serait un remploi d’un viatique funéraire royal ou princier d’une époque antérieure, mais ce coffre, qui porte la titulature du roi et provient assurément de sa tombe, est trop petit pour avoir contenu les deux vases canopes découverts à Tanis dans la nécropole royale.

Quant aux bijoux au nom du roi trouvés à Tanis, dont deux bracelets en or cloisonnés, sertis de pierres semi-précieuses, ainsi qu’au moins un pectoral, ils ont été découverts sur la dépouille momifiée d’un autre Sheshonq, deuxième du nom, qui aurait régné plus tard et qui est donné pour être le fils d’Osorkon Ier.

Les hypothèses concernant le lieu exact de cette sépulture restent donc pour l’instant non prouvées.

 

Dans la Bible


Dans le Premier Livre des Rois, qui fait partie de l’Ancien Testament biblique, Sheshonq Ier et un ou deux de ses prédécesseurs sont évoqués, d’abord sous le titre de Pharaon, Roi d’Égypte, puis sous son nom à lui, Sheshonq (traduction du grec des Septante ?), parfois transcrit Shishak (Vulgate traduite du latin ?), Schischak (renvois infra vers Wikisource), voire Schischa (שִׁישַׁק), entre autres variantes.

 

Les pharaons ayant directement (voire simultanément) précédé Sheshonq, probablement Siamon, puis peut-être Psousennès II, à la fin de la XXIe dynastie, avaient « recueilli » le prince édomite Hadad, rescapé d’un massacre perpétré par les Hébreux du roi David, le pourvoyant en maison, subsistance, terres, et même femme, en la personne de la sœur de la femme de Siamon, Thachpenès (sic) reine d’Égypte, belle-sœur de Pharaon dont le prince réfugié aura un fils, élevé près de la cour et au milieu des enfants royaux d’Égypte.

 

Quelques décennies plus tard, en bon stratège, Pharaon (Psousennès II d’abord ? Sheshonq même directement ? chacun des deux tour à tour ?) marie, quant à lui, sa propre fille (nommée Taya par la romancière Juliette Benzoni, qui la désigne comme fille de « Psousenneth » nommément), au roi hébreu Salomon, fils et successeur direct de David.

 

Elle est emmenée alors « dans la ville de (son défunt beau-père) David » durant l’achèvement de travaux d’aménagement, et Schischa (le pharaon Sheshonq ? ou un quasi-homonyme ?) fait peut-être placer un ou deux de ses fils comme « secrétaire(s) » auprès de Salomon, tout cela afin de s’assurer de la neutralité de celui-ci pendant ses conquêtes au sud de l’Égypte.

 

Salomon fait donc construire une maison à sa femme, fille de Pharaon. Pendant ce temps, le Roi d’Égypte, s’empare de Guézer, l’incendie, tue les Cananéens qui habitent dans la ville, et la donne pour dot à sa fille, femme de Salomon. Salomon rebâtit ensuite Guézer.

 

La fille de Pharaon monte, de la cité de David, dans sa maison que Salomon lui a construite. Ce dernier achète des chevaux et des chars en Égypte, servant même d’intermédiaire en cela avec des rois plus au nord. Et il « aime » aussi beaucoup d’autres femmes, d’autres étrangères, outre cette légitime épouse, jusqu’à 700 épouses de rang princier et 300 concubines, qui le détournent partiellement vers leurs propres Dieux.

 

Jéroboam, un serviteur (architecte ?) « éphratien », surveillant de corvéables de Salomon, se rebelle, peut-être contre la dureté des chantiers de Salomon, mais surtout parce qu’influencé par un prophète, qui lui fait connaître la « volonté divine » de confisquer pour un temps (ce sera plusieurs générations), au moins dix des douze tribus d’Israël (sans Jérusalem) au fils et futur successeur de Salomon sur le trône, et l’incite à s’en saisir pour devenir lui-même, lorsque Salomon mourra, roi d’Israël (c’est-à-dire roi sur ces 10 tribus sans le royaume sud de Juda), de manière stable (infra), selon une promesse de l’Eternel, et à la condition de suivre ses ordres, voies, lois et commandements, comme l’avait fait David.

 

Salomon cherche à faire mourir Jéroboam, qui s’enfuit en Égypte auprès de Schischak, roi d’Égypte, où il demeurera jusqu’à la mort de Salomon (et c’est alors la première fois que la Bible nomme clairement Schischak, ou Sheshonq, et par ce seul titre de roi d’Égypte, plus par celui de Pharaon).

 

Shishak (Sheshonq) protège Jéroboam, mais n’attaque pas Jérusalem durant le règne de Salomon.

 

Salomon s’éteint, après environ quarante ans de règne à Jérusalem et sur tout Israël. Roboam, son fils, lui succède sur le trône.

 

Après la mort de Salomon, le royaume de ce dernier va se voir divisé en deux, après consultation, par le nouveau roi, de tout Israël, dont Jéroboam toujours en Égypte qui préconise à Roboam de desserrer l’étau de son père sur le peuple hébreu et sur lui, ce que ce dernier finit par refuser à son détriment, puisque cette intransigeance provoque la scission du pays, et la réduction de son pouvoir réel à presque seulement Jérusalem la ville du Temple (et des palais royaux).

 

Jéroboam revient d’Égypte et devient lui-même roi de la partie nord du territoire hébraïque, tentant d’y instaurer un nouveau culte, de nouveaux rites, et son propre clergé, pour célébrer Yahvé sous forme de statues de veaux en or et tenter d’éloigner, religieusement aussi, ses sujets de Jérusalem et son Temple qu’il ne contrôle pas, et éviter qu’ils ne se retournent, un jour, contre lui et le tuent, en étant revenus à leurs « fondamentaux » hiérosolymitains.

 

Vers 927/926 av. J.-C., Shishak, roi d’Égypte, monte contre Jérusalem, sur laquelle règne Roboam, fils et successeur légitime de Salomon, depuis 931 (et jusqu’à environ 913) av. J.-C.. Shishak, avec une armée de 60 000 cavaliers, égyptiens, nubiens et éthiopiens, attaque Jérusalem, capitale de la partie sud, c’est-à-dire du nouveau royaume dit de Juda.

 

Et cette fois-ci encore, pour la deuxième voire troisième (et dernière) fois, la Bible nomme explicitement « Sheshonq », et l’on est donc mieux assuré qu’il s’agit bien de lui, et non, peut-être, d’un de ses prédécesseurs plus vaguement désigné(s) par le titre générique de Pharaon, alors plus “protecteur(s)” et “allié” qu'”agresseur” (et “allié” !…). Dès lors que Pharaon monte en agressivité, même ponctuelle dans le temps et partielle dans l’espace, contre la f(r)action sud de son pérenne allié du nord-est, le Livre saint de ce dernier semble le faire descendre de son prestigieux titre pharaonique pour ne plus l’appeler que par son seul et simple (pré)nom.

 

Shishak entre dans la ville sainte hébraïque. Il y prend les trésors de la maison de l’Éternel (temple ou synagogue) et les trésors de la maison du roi voisin (le palais), il prend tout, dont tous les boucliers d’or que Salomon avait faits. Le roi Roboam fera à leur place des boucliers d’airain.

 

Jéroboam qui, pendant sa fuite préalable en Égypte, aurait épousé une belle-sœur (voire une fille ?) de Shishak, aurait ainsi aidé ce dernier à s’emparer provisoirement de tout l’ancien royaume de Salomon, ou tout au moins de cette partie méridionale de Juda, et en échange Shishak aurait “intronisé” Jéroboam roi de l’Israël d’alors, au nord de Jérusalem et de Juda (cf. supra), pour un règne ayant duré quant à lui de 931 à 910 av. J.-C.

 

Le rôle des pharaons d’Égypte, et en particulier de Sheshonq Ier, dans la genèse du fameux schisme hébraïque évoqué dans une partie dite historique de la Bible, source documentaire israélite qui plus est, semble donc loin d’être anodin, en tant que voisin suzerain voire souverain qui aurait fait sienne la célèbre maxime Diviser (ou y contribuer, voire favoriser une division) pour régner, ou au moins pour assurer une sorte de glacis protecteur de sa frontière nord à son propre territoire.

 

C’est peut-être pour cette raison, voire en cet « honneur », que certaine tradition plus ou moins apocryphe fait remonter l’origine du calendrier berbère / calendrier libyen à peu près au règne de ce pharaon libyque oriental (nord-est du continent libyen), et même tout juste avant. Mais cf. l’article connexe infra La campagne militaire de Sheshonq Ier, pour plus de véracités et une version davantage archéologiques, sinon à proprement parler « historiques », de ces événements.

 

Sheshonq (grand prêtre de Ptah)


Sheshonq, fils d’Osorkon II était grand prêtre de Ptah sous le règne de ce dernier.

 

Généalogie


Fils du roi et de la reine mère Karoma II Méritmout, il est nommé à la tête du clergé memphite par son père qui, dès son accession au trône, mène une politique de contrôle des principaux pouvoir du pays ainsi que des rouages qui en découlaient. Sheshonq administrait ainsi directement, officiellement au nom de Pharaon, tous les biens des temples dépendant du culte de Ptah de l’antique capitale et des environs, présidant aux rites principaux de la cité ainsi qu’au culte de l’Apis.

Or les sources épigraphiques de la dynastie indiquent clairement combien Osorkon Ier enrichit les temples du pays, favorisant grandement ceux de Basse-Égypte dont celui de Memphis justement, tant et si bien que son grand prêtre était propriétaire en titre mobilier ou immobilier d’une bonne partie du trésor et des richesses nationales, l’ensemble étant administré et contrôlé par une véritable armada de fonctionnaires aux ordres du grand prêtre. Les impôts étaient levés régulièrement et le commerce, à nouveau florissant à la suite de la reprise en main des routes commerciales vers le Levant et l’Arabie, assurait une prospérité à la cité située idéalement au cœur de ces échanges.

Sheshonq a un fils qu’il nommera comme son grand-père Takélot. Takélot occupera la fonction de grand chef des Mâ, soit l’équivalent du chef des armées, son père s’assurant ainsi la maîtrise totale du territoire. Sheshonq comme son frère Nimlot occupait donc une des principales places du royaume sheshanqide. Cette politique de contrôle du pays par la famille royale, inaugurée par Sheshonq Ier et reprise par Osorkon II était censée assurer la stabilité du royaume. Elle allait pourtant engendrer les fondements même de son déclin quelques générations plus tard, des lignées princières rivales revendiquèrent alors la primauté sur la famille régnante et peu à peu les conditions d’une sécession seront réunies pour que des descendants des fils d’Osorkon prétendent au trône même.

En l’an 23 du règne, survient un événement capital pour le pays et surtout pour la ville de Memphis. Le taureau Apis, hypostase du dieu Ptah, meurt ce qui jette tout le pays dans une grande affliction. En tant que grand pontife, Sheshonq préside donc aux cérémonies liées à l’inhumation du taureau. On transporta l’animal sacré dans la ouâbet que le fondateur de la dynastie avait fait édifier à l’ouest du grand temple de Ptah afin de préparer le corps pour son voyage dans l’au-delà. Puis au bout du temps nécessaire, le taureau devenu Osiris-Apis était alors conduit par le grand prêtre dans les catacombes du Sérapéum de Saqqarah où un caveau lui avait été spécialement préparé. Il y est enterré avec tous les honneurs dus à un dieu vivant, sa dépouille momifiée placée dans un sarcophage, les vases canopes contenant ses viscères embaumés placés à côté de lui, les traditionnels ouchebtis déposés dans la tombe. Une fois les rites funéraires accomplis, on procéda à la fermeture du caveau et apposa une stèle relatant le procès-verbal de cette cérémonie.

Le prince Sheshonq peut être un temps désigné à la succession, n’a pas survécu à son père. D’autres grands pontifes memphites sont en effet connus pour le règne d’Osorkon II et ce n’est pas Nimlot, pourtant grand prêtre d’Amon de Thèbes l’autre personnage puissant du royaume, qui sera désigné comme héritier du trône d’Horus, mais le fils cadet Takélot II, né de la reine mère Karoma, comme son frère défunt le grand prêtre de Ptah Sheshonq.

 

Monument


Vue de la chapelle de Sheshonq, grand prêtre de Ptah, à Memphis.

Osorkon II fit édifier une chapelle funéraire à Memphis même en l’honneur des dieux de Memphis et de son fils. Située à l’ouest du grand temple de Ptah, dans le district d’Ânkh-Tâouy, elle a été identifiée en 1942 par l’égyptologue égyptien Ahmed Badawy.

Ses vestiges retrouvés sur place ont permis de remonter l’entrée principale, décorée en l’honneur des dieux de Memphis, et devant lesquels Osorkon et son noble fils officient.

Un examen attentif du relief du linteau permet de penser à une réutilisation d’un relief plus ancien pour cette partie de l’édifice. Plusieurs détails indiquent en effet que le relief a été repris notamment dans les cartouches royaux mais surtout pour la représentation de Sheshonq lui-même.

La pierre a été nivelée et un nouveau tableau en bas relief a été exécuté pour la figure du grand prêtre, agenouillé derrière Pharaon, devant les Divinités qui elles sont figurées en haut-relief.

Le style indiquerait une œuvre du Nouvel Empire, ce qui en soit n’a rien d’étonnant, mais démontre que les édifices royaux de cette époque pourtant « récente » pour la XXIIe dynastie faisaient déjà l’objet de réemploi et dans le meilleur des cas de remaniement.

Autre détail intéressant pour l’époque de ce réemploi, le grand prêtre, certes fils royal, s’est fait représenté à la même échelle que Pharaon. D’autres exemples de cette volonté manifeste d’égaler le roi sur les représentations officielles sont connus, notamment pour les grands prêtres d’Amon lors de la XXIe dynastie.

Les montants de la porte et le reste des reliefs du monument datent de Sheshonq et le représentent faisant des offrandes aux dieux des nécropoles, dont Osiris, suivi et épaulé par Isis et Nephtys, Sokar, Hathor et Anubis. Ce dernier est représenté par deux fois, encadrant de part et d’autre la porte dans la position classique du chacal couché sur un coffre, le flagellum nekhekh émergeant de son dos et le sceptre sekhem entre les pattes avant, en tant que gardien des tombes.

Le monument est actuellement exposé dans les jardins du Musée du Caire.

Il s’agit de la chapelle funéraire qui recouvrait le tombeau du grand prêtre dans une nécropole installée dans ou à proximité de l’enceinte temple de Ptah comme les divines adoratrices d’Amon le feront dans l’enceinte du temple de Médinet Habou à Thèbes, ou encore les rois des XXIe et XXIIe dynasties en faisant du temple d’Amon à Tanis leurs nécropoles dynastiques.

 

Sépulture


Découvert et fouillé en 1942 par Ahmed Badawy, le tombeau de Sheshonq avait été pillé, sans doute dès l’Antiquité. Il a livré néanmoins les restes d’un viatique funéraire assez riche digne d’un prince de son rang dont notamment des vases canopes en albâtre, don du roi à son fils, ainsi qu’un grand nombre d’ouchebtis destinés à accompagner le défunt dans son voyage dans l’au-delà.

La tombe de Takélot, son fils, a été découverte à proximité.

 


Bibliographie :

 

  • Karl Richard Lepsius, Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien [archive], Berlin, Nicolaische
  • Buchhandlung, 1849-1859 ;
  • Georges Daressy, « Le temple de Hibeh », ASAE, no 2,‎ 1901 ;
  • James Henry Breasted, Ancient records of Egypt historical documents from earliest times to the persian conquest, collected edited and translated with commentary, vol. IV The Twentieth to the Twenty-Sixth Dynasties, The University of Chicago press, 1906.
  • Heinrich Schäfer und Walter Andrae, Die Kunst des Alten Orients, Berlin, Propyläen Verlag, 1925 ;
  • Jacques Pirenne, Histoire de la civilisation de l’Égypte ancienne, vol. 3, Neuchâtel, Éd. de la Baconnière, 1963 ;
  • Jean Leclant, L’Égypte du crépuscule, Larousse, 1980 ;
  • Nicolas Grimal, Histoire de l’Égypte ancienne [détail des éditions], « Les Libyens » ;
  • Jean Yoyotte, Tanis, l’or des Pharaons, Paris, Association Française d’Action Artistique, 1987 ;
  • Charles Maystre, Les Grands prêtres de Ptah de Memphis, Freiburg, Orbis biblicus et orientalis – Universitätsverlag, 1992 ;
  • Mohamed Ibrahim Aly, « Une stèle inédite du Sérapéum mentionnant le nom de Sheshonq Ier », Bulletin de la Société d’égyptologie de Genève, no 20,‎ 1996
  • Troy Leiland Sagrillo, The Mummy of Shoshenq I Re-discovered?, vol. N°205, Göttinger Miszellen, 2005, p. 95-103.
  • Heinrich Karl Brugsch, Histoire d’Égypte dès les premiers temps de son existence jusqu’à nos jours – Première partie : l’Égypte sous les rois indigènes, Leipzig, Librairie J. C. Hinrichs, 1859 ;
  • Ahmed Badawy, « Das Grab des Kronprinzen Scheschonk, Sohnes Osorkon’s II. und Hohenpriesters von Memphis », Annales du service des antiquités de l’Égypte, no 54,‎ 1956
  • Nicolas Grimal, Histoire de l’Égypte ancienne [détail de l’édition], p. Les Libyens ;
  • L. Aubert, Tanis, l’or des Pharaons, Paris, Association Française d’Action Artistique, 1987

Lien externe

http://www.antikforever.com/Egypte/rois/sheshonq_I.htm